Visiter le vignoble auxerrois à vélo entre Auxerre, Saint-Bris et Irancy
Oui, selon le point de départ, le niveau du groupe, le vélo utilisé et le temps consacré aux visites. Il faut vérifier le dénivelé et r...
Il existe, au cœur du vignoble auxerrois, des vins blancs à la clarté perlée, dont l’éclat suggère la fraîcheur de l’aube sur la rivière Yonne. Pourtant, cette lumineuse vitalité est fragile. Mal maîtrisée, la décantation peut inviter un adversaire redoutable : l’oxydation prématurée. Un vilain sort qui ternit la robe, atténue la fraîcheur et altère le bouquet de nos si précieux chardonnays, sauvignons ou aligotés du Grand Auxerrois.
Mais pourquoi cette menace précisément au moment où l’on souhaite exalter le vin ? L’oxydation, c’est l’attaque de l’oxygène sur les composés aromatiques et phénoliques du vin. Sans respect ni mesure, cette rencontre entraîne un vieillissement précoce, des notes de pomme brune, de noix, parfois ce goût de carton humide qui signe l’agonie d’une belle bouteille.
Le vieillissement oxydatif est au cœur même des inquiétudes bourguignonnes depuis les années 2000 (cf. La Vigne, 2021), impactant tout particulièrement les vins blancs de chardonnay de la Bourgogne septentrionale, dont l’Auxerrois partage le climat. Un phénomène attribuable autant à des aléas climatiques qu’à une évolution des pratiques œnologiques : suppression du soufre précoce, filtration trop vigoureuse, vendanges précoces, etc.
Alors, pourquoi décanter un vin blanc d’Auxerre ? Traditionnellement, la carafe est plutôt réservée aux rouges, pour assouplir les tanins. Pourtant certains vins blancs jeunes – riches en gaz carbonique ou trop fermés à l’ouverture – peuvent aussi tirer profit d’une aération minutieuse. La décantation révèle parfois une palette aromatique enfouie sous la prudence de la jeunesse. Mais chaque geste compte, chaque minute d’exposition à l’air aussi.
L’oxydation prématurée des vins blancs trouve ses racines dans une combinaison de facteurs :
Selon une étude INRA Dijon 2019, la quantité de « glutathion », un antioxydant naturel du vin, chute de 40% après une exposition de 30 minutes à l’air, surtout chez le chardonnay de zone septentrionale (Vigne Vin, 2019). Or le glutathion, allié au soufre, protège précieusement les arômes de fruits blancs si typiques des vins d’Auxerre.
Décanter, oui, mais toujours avec écoute et respect du vin : c’est une leçon d’humilité et d’observation. Observer les larmes sur le verre, humer dès l’ouverture, écouter le vin comme on écoute une histoire qu’on ne veut pas voir s’interrompre trop tôt.
Les recherches se poursuivent dans les laboratoires et chez les vignerons de l’Auxerrois : un retour à des apports modérés de soufre juste avant la mise en bouteille, une sélection parcellaire plus attentive ou encore l’utilisation de bouchons perfectionnés permet aujourd’hui de repousser sereinement les frontières de l’oxydation prématurée.
Préserver la fraîcheur d’un vin blanc auxerrois, c’est maintenir ce fil d’argent entre la vigne, la cuve et le verre du dégustateur émerveillé. Un défi délicat, où la maîtrise de l’instant fait toute la différence et où chaque geste, de la cave à la table, remet en lumière la patience et le travail des vignerons de l’Yonne.
Qu’il s’agisse de Bourgogne Côtes d’Auxerre, de Saint-Bris ou d’un chardonnay sur marnes kimméridgiennes, l’essence du vin blanc auxerrois réside dans cette vivacité retenue, cet éclat fugace. Pour la préserver, chaque étape compte. Et la décantation, loin d’être banale, devient alors un art subtil – entre tradition, technique et écoute du vin.
Pour d’autres conseils de dégustation ou des rencontres avec les artisans du goût locaux, plongez au fil des prochains articles. La vigne, en terre auxerroise, n’a pas fini de révéler ses secrets…